Traumatisme psychologique : et si le problème n'était pas
que dans votre tête… mais aussi dans votre corps ?
Pourquoi peut-on avoir tout compris… et continuer à réagir comme avant ?
Vous avez passé des heures à comprendre et parler de vos traumatismes à des professionnels. Vous avez peut-être même tenté des méthodes alternatives : énergétiques, spirituelles.
Et pourtant.
Ce manque de confiance en vous
Ce malaise qui vous empêche de vous sentir à l’aise avec les autres
Ce perfectionnisme qui vous fait perdre tant de temps et d’énergie.
Cette procrastination qui vous pousse à bâcler vos travaux au dernier moment, et à finir épuisé(e).
Cette peur d’avoir l’air bête alors que vous désirez tant entrer en lien avec telle personne.
Cette culpabilité, immédiate et disproportionnée, chaque fois que vous osez dire non.
Vous savez déjà pourquoi, probablement.
Vous l’avez déjà compris, analysé, expliqué à un thérapeute, peut-être plusieurs.
Et ça continue quand même.
Ce n’est pas un échec. C’est le signe que la compréhension seule ne suffit pas toujours. Parce que le traumatisme psychologique ne vit pas que dans la tête. Il vit aussi dans le corps. Et c’est peut-être là, la clé qui manquait.
Un traumatisme psychologique laisse une empreinte dans le corps, pas seulement dans les pensées. Il peut venir d’un événement brutal (trauma de choc) ou d’une ambiance familiale, plus diffuse, où certains rôles ont dû être tenus pour rester en lien : être sage, parfait, invisible (trauma développemental), etc. Le plus souvent, c’est un peu des deux à la fois. Comprendre son histoire ne suffit pas toujours à apaiser ce que le corps continue de rejouer : c’est ce que cet article explore, avec des pistes concrètes, telles que les approches psychocorporelles.
Sommaire
ToggleQu’est ce qu’un traumatisme psychologique ? Définition.
Un traumatisme psychologique est une blessure émotionnelle qui persiste lorsqu’un événement (ponctuel ou répété) a dépassé, à un moment donné, la capacité du système nerveux à y faire face. On parle aussi de traumatisme psychique ou de psychotraumatisme.
Vous avez peut-être déjà tout analysé, tout intellectualisé, mais votre corps, lui, a mémorisé ce que votre esprit a oublié. C’est souvent là que se cache la clé. Pas besoin d’un drame spectaculaire : parfois, c’est simplement l’absence de réponses adaptées à vos besoins affectifs. Un regard rassurant. Une main tendue. Le droit, tout simplement, d’exister tel que vous êtes.
Cette blessure peut prendre deux visages : le traumatisme de choc (lié à un événement ponctuel) et le traumatisme développemental (lié à des manques répétés dans la relation avec nos parents ou donneurs de soins).
Le traumatisme de choc vient d’un événement ponctuel identifiable ; le traumatisme développemental, de manques relationnels et émotionnels répétés, souvent dans l’enfance.
D'où vient le traumatisme psychologique ? Quelques exemples concrets
Un traumatisme psychologique ne se limite pas aux grands drames.
Voici quelques exemples concrets :
- Humiliation répétée : dans l’enfance au sein ou à l’extérieure de la famille, puis en étant adulte
- Négligence émotionnelle dans l’enfance : ces moments où vos émotions n’ont trouvé aucun écho, comme si vos besoins n’avaient pas leur place.
- Maltraitance, abus
- Accident, agression ou choc médical laissant des séquelles invisibles.
- Relation toxique, divorce ou trahison mal digérée.
- Deuil non accompagné, vécu dans l’isolement.
Il n’existe pas un seul type de traumatisme psychologique, ni un seul profil de personne concernée. La plupart d’entre nous portons un mélange de plusieurs de ces expériences.
C’est justement ce que la définition suivante permet de mieux comprendre.
Traumatisme de choc : l’événement identifiable
Le trauma de choc est l’image que tout le monde a en tête :
un événement ponctuel, violent et identifiable : un accident, une agression, un deuil brutal.
C’est celui qu’on arrive à nommer sans hésiter, celui qu’on associe spontanément au mot « traumatisme ».
Pourtant, c’est aussi celui qu’on minimise le plus :
« J’en suis pas mort », « C’était il y a longtemps », « Je devrais être passé à autre chose ».
Or, votre corps, lui, n’a pas oublié. Il garde la trace, même quand votre esprit a essayé de passer à autre chose.
Une trace persiste souvent :
- des sursauts inexpliqués, des cauchemars, des flashbacks
- une peur panique des voitures après un accident,
- L’évitement de certaines situations, certains lieux…
- ou cette fatigue qui vous submerge dès qu’un détail vous rappelle la scène.
- ou cette impression de ne jamais réussir à « aller de l’avant », peu importe les efforts fournis
- une addiction qui se met en place.
- des accès de colères inadaptés
Traumatisme développemental :
comment les manques de l’enfance façonnent votre vie aujourd’hui
Le trauma développemental ou traumatisme précoce est une forme spécifique de traumatisme de l’enfance. Il ne se raconte pas comme un drame. Il n’y a pas obligatoirement d’événements violents précis à pointer du doigt, mais plutôt un climat répétitif :
- des parents aimants … mais extrêmement distraits ou émotionnellement distants ;
- une maison où l’on ne savait jamais sur quel pied danser, entre chaleur et froideur ;
- une pression constante pour être performant à l’école ou dans une activité ;
- un silence pesant qu’on n’osait pas briser.
- La violence, la maltraitance, les abus.
- la pauvreté, l’exclusion, un parent souffrant d’une maladie mentale ou d’addiction…
Parfois, c’est un rôle qu’il a fallu endosser très tôt pour garder le lien : être sage, être fort(e), ne jamais déranger, réussir pour ne surtout pas décevoir, être le soutien ou le confident d’un parent (parentification).
Rien de spectaculaire en apparence, et pourtant, vous avez très tôt appris à vous couper de ce que vous ressentiez pour vous adapter à votre environnement. Vous avez appris à vous déconnecter de vous-même pour privilégier le lien d’attachement à vos parents.
Résultat à l’âge adulte :
- une difficulté à vous sentir connecté à vous-même et aux autres,
- à identifier vos besoins et à y répondre,
- une tendance à vous mettre la pression et à ne pas savoir dire “non” sans culpabiliser,
- à ne pas faire confiance et à ne pas demander de l’aide,
- à avoir des difficultés dans la relation de couple,
- souffrir d’anxiété et/ou crise de panique, ou
- avoir cette impression tenace de « ne pas mériter » l’amour ou le repos.
Deux visages des traumatismes psychologiques, souvent mêlés
En réalité, personne n’entre dans une seule case.
Un choc à l’âge adulte (ex : un licenciement brutal, une trahison) peut réactiver un terrain déjà fragilisé par des manques plus anciens. C’est souvent ce mélange qui explique pourquoi une réaction semble « disproportionnée ».
Par exemple : ce n’est pas juste le licenciement qui vous a ébranlé(e), mais aussi cette vieille croyance, enfouie depuis l’enfance, que « vous ne valez rien sans performance ».
Cette différence compte aussi pour les médecins et les thérapeutes.
Quand quelque chose de brutal vous arrive (un accident, par exemple) et que vous en restez très marqué(e) plus d’un mois, les médecins ont un nom pour ça : le trouble de stress post-traumatique (TPST).
Mais quand ce n’est pas un seul événement, quand c’est plutôt toute une enfance où vous avez dû – par exemple, apprendre à vous débrouiller seul(e), ou à ne jamais déranger personne, ça ne rentre pas vraiment dans cette case-là.
Ça impacte plus profondément votre vie : la confiance qu’on a en soi, la façon dont on vit ses émotions, la façon dont on se sent avec les autres.
Et bien souvent, dans une même vie, on retrouve un mélange de ces deux formes de traumatismes.
Traumatisme psychologique : les symptômes qui vous échappent
Les 5 grandes familles de symptômes d’un traumatisme psychologique :
- Reviviscence : souvenirs intrusifs, flashbacks
- Évitement : fuite des lieux, pensées ou personnes associées
- Hypervigilance : état d’alerte permanent
- Dissociation : sentiment de détachement de soi ou de la réalité
- Anxiété / attaque de panique : peur anticipatoire
Et dans votre quotidien, cela peut ressembler à :
- un cou raide après une journée de réunion, comme si vous aviez porté un casque de chantier ;
- une fatigue persistante, alors que vous n’avez « rien fait de spécial » ;
- une hypervigilance avec les enfants : un cri un peu trop fort, et vous sursautez comme tiré(e) d’un sommeil profond ;
- l’impossibilité de lâcher prise, même en vacances ;
- l’impression de vous observer de l’extérieur quand les émotions deviennent trop fortes.
- Troubles du sommeil, troubles digestifs, douleurs chroniques.
- Difficultés dans les relations.
Face à un danger qu’on ne peut ni fuir ni combattre, le système nerveux autonome peut parfois choisir une troisième option : le figement : cette sensation de rester bloqué, comme paralysé de l’intérieur.
Cette sensation de “regarder votre vie comme à travers une bulle”, “ne plus ressentir d’émotions et de sensation”, “avoir la sensation d’être coupé de soi” : les thérapeutes et psychologues appellent ça la dissociation.
Quelles sont les conséquences du traumatisme psychologique ?
Un traumatisme psychologique a des répercussions parfois insoupçonnées, bien au-delà des souvenirs. Ses conséquences s’étendent sur 4 dimensions :
1) Sur le corps
- Fatigue chronique
- Troubles du sommeil et/ou digestifs
- Tensions musculaires
- Somatisation et douleurs chroniques (maux physiques sans cause médicale claire).
2) Sur la santé physique à long terme
Les études ACEs (Adverse Childhood Experiences – expériences négatives dans l’enfance), menées par Dr Vincent Felitti et Dr Robert Anda, montrent un lien statistique entre traumatismes précoces et risques accrus de soucis de santé :
- troubles digestifs,
- migraines,
- douleurs chroniques,
- addictions / troubles du comportement alimentaire
- certaines maladies auto-immunes.
- Anxiété, dépression, attaque de panique
Ces travaux, popularisés par Bessel van der Kolk (Le Corps n’oublie rien), confirment que le corps garde la mémoire de ce qu’il a traversé.
3) Sur votre façon de vivre
- Perfectionnisme épuisant
- Procrastination ou blocages inexpliqués
- Difficulté à recevoir, à vous reposer, à demander de l’aide
- Isolement /retrait de soi ou au contraire, trop d’interactions sociales (incapacité à rester seul(e))
- Incapacité à poser des limites
4) Sur les relations
Cette empreinte de vos traumatismes passés peut se rejouer dans vos interactions, notamment après une relation toxique : votre corps reste en alerte, bien après la fin de la relation.
Pourquoi la compréhension seule ne suffit pas toujours
(même quand vous avez déjà "tout compris") ?
Vous avez compris tous vos traumatismes … et pourtant, vous constatez que :
- Parler du trauma soulage sur le moment… mais les réactions reviennent.
- Comprendre les causes ne fait pas disparaître les symptômes et l’anxiété
- Vouloir guérir ne marche pas : le trauma est une mémoire émotionnelle et corporelle, pas un choix ou une volonté.
La parole a ses limites.
Elle permet de nommer, relier, sortir de la confusion.
Mais le cerveau rationnel ne contrôle pas les réactions automatiques :
- émotions, cœur qui s’emballe, mâchoire serrée,
- dire oui alors qu’on veut dire non,
- se sentir honteux et/ou culpabiliser.
Aucun raisonnement ne les atteint directement.
Le corps garde la trace
Votre système nerveux reste en alerte : estomac qui se noue au moindre stress, migraines tenaces, douleurs qui persistent sans cause médicale claire.
Ces dérèglements (stress, inflammation, tensions musculaires, douleurs chroniques) sont les traces que le corps garde, sans expliquer à eux seuls des maladies complexes comme l’endométriose, dont les causes sont multiples.
Moi la première, j’ai longtemps cru que comprendre suffirait. Puis j’ai réalisé, avec mes patients, que la parole ne touchait pas toujours là où le trauma s’était logé : dans le corps. C’est ce qui m’a menée vers les approches psychocorporelles.
Comment soigner un traumatisme psychologique ? Un aperçu rapide.
Face à un traumatisme, deux niveaux sont à distinguer.
- D’abord, le niveau médical : en cas de symptômes sévères ou envahissants (ex : Trouble anxieux généralisé, addictions), un avis médical -médecin traitant, psychiatre, ou Centre Régional du Psychotraumatisme- reste la première étape à privilégier.
- Ensuite, le niveau thérapeutique : une fois cette évaluation faite, plusieurs approches peuvent accompagner le travail de fond.
Certaines approches (EMDR, TCC, psychanalyse & thérapies classiques ), passent principalement par la parole et le comportement : précieuses pour comprendre, mettre des mots, prendre du recul.
D’autres, les approches psychocorporelles comme le NARM ou la Somatic Experiencing, vont un peu plus loin : elles ne s’arrêtent pas à comprendre ce qui s’est passé, elles aident aussi à libérer les émotions restées bloquées, et à apaiser un système nerveux resté en alerte.
Il n’y a pas de hiérarchie entre elles : seulement une porte d’entrée qui fonctionne mieux selon les personnes. Dans mon expérience clinique, c’est souvent l’intégration corporelle des émotions qui débloque ce que des années d’approches centrées sur la parole n’avaient pas suffi à apaiser.
Pour un panorama complet des approches et savoir laquelle est adaptée à votre situation, retrouvez prochainement un article dédié (fin août), sur mon blog.
Ressources complémentaires sur le traumatisme psychologique
Ressources scientifiques : traumatismes précoces et incidences sur la santé
- Résumé en français de l’Étude ACE : https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/2017-ACE-francais-changer-l-or-en-plomb-felitti.pdf
Livres :
- Guérir les traumatismes du développement, Laurence Heller et Aline Lapierre
- Réveiller le Tigre, Peter Levine
- Le mythe de la normalité, Gabor Maté
- Le Corps n’oublie rien, Bessel van der Kolk
Associations et ressources d’accompagnement
En complément -et jamais en remplacement- d’un suivi thérapeutique ou médical, plusieurs associations francophones offrent écoute, information ou accompagnement, principalement pour des traumatismes liés à des violences ou événements ponctuels (traumatismes de choc) :
- France : France Victimes, Mémoire Traumatique et Victimologie, L’Enfant Bleu
- Belgique francophone : services d’aide aux victimes, équipes SOS Enfants, SOS Viol
- Suisse romande : centres LAVI.
Vous n’avez rien à prouver.
- Ce perfectionnisme qui vous épuise.
- Cette peur de décevoir qui vous fait rester dans des relations qui ne vous conviennent pas.
- Ce sentiment de ne jamais être « assez » pour qu’on vous aime, ou pour avoir le droit de vous reposer.
- Et ce corps qui se raidit, encore, à la moindre alerte, même quand plus rien ne menace.
Rien de tout ça n’est un défaut de caractère, ni un manque de volonté. Ce sont les traces, encore actives, d’un traumatisme psychologique et d’un système nerveux qui a appris ( parfois très tôt) à rester en alerte pour rester en sécurité.
Vous avez peut-être déjà tout compris de votre histoire. Il est possible qu’il manque encore une étape : celle où le corps, lui aussi, apprend enfin qu’il peut se reposer.
Si cette lecture fait écho à quelque chose chez vous, vous avez la possibilité de prendre le temps d’un premier échange (15 minutes, gratuit, sans engagement ) pour sentir si l’approche psychocorporelle en NARM et Somatic expérience vous correspond.
Thérapeute spécialisée dans le traitement du traumatisme développemental et la régulation du système nerveux,
Nadia Hachemi s’est formée pendant plus de 10 ans aux principales approches du traumatisme, dont la Somatic Experiencing® (Peter Levine) et le NARM® (Laurence Heller), ainsi qu’à la théorie polyvagale, l’IFS, et la systémie.
Elle consulte en cabinet à Les Essarts-le-Roi (Yvelines) et en ligne.
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